On dit que le temps vous emporte

Et pourtant ça, j'en suis certain

Souvenirs, souvenirs

Vous resterez mes copains

61600.fr/nostalgie

61600/nostalgie

Souvenirs, souvenirs

Je vous retrouve dans mon cœur

Et vous faites refleurir

Tous mes rêves de bonheur…

Il était une fois…

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31 Mai 1909:

fête jubilaire de Mr l'Abbé Macé, curé doyen de La Ferté-Macé.

Monsieur l’abbé Macé, curé de La Ferté Macé (Orne)

Le 31 Mai 1909, la ville de La Ferté Macé tout entière était en liesse: elle fêtait les noces d’or de son curé Mr le Chanoine Amand Macé. Sur tout le parcours du presbytère à l’église, les arcs de triomphe les plus artistiques étaient multipliés et à chaque pas le curé recevait d’innombrables témoignages de respect et de reconnaissance.

Le 12 Mai 1919 la même ville célébrait, dans une intimité rendue nécessaire par les deuils multiples de la guerre terrible à peine terminée, mais avec une cordialité aussi unanime que filiale, les noces de diamant de son vieux pasteur.

Le 16 février 1920 la même ville encore tout entière se pressait, non plus dans la joie mais dans le deuil le plus profond, derrière les restes inanimés du prêtre vénéré que la mort avait trouvé debout remplissant jusqu’à la dernière heure ses fonctions curiales et elle témoignait, par sa tristesse et ses larmes, la grandeur de la perte qu’elle venait de faire en celui qui, depuis 61 ans, était l’âme de la cité.

Hommes et choses à leur façon exprimaient leurs regrets: l’église qu’il avait tant aimée, si richement ornée, si vaillamment défendue au jour des inventaires, avait pris un voile de deuil. Les clochers dont il avait dressé les flèches vers le ciel murmuraient, par les 16 voix d’airain qu’il leur avait données, leurs lamentations douloureuses… Conseil municipal et conseil curial, corporations et associations diverses représentant toutes les opinions, vicaires d’aujourd’hui et vicaires d’autrefois, curés du canton et pr^tres originaires de la paroisse, amis et admirateurs accourus de tous les points du diocèse, foule immense et recueillie dans laquelle se coudoyaient riches et pauvres, patrons et ouvriers (car usines et magasins étaient fermés), tous réunis dans un même sentiment de tristesse exprimaient les mêmes éloges du défunt.

Résumer en quelques lignes la carrière de ce prêtre, l’une des plus grandes figures du clergé de Séez, on pourrait dire de France, est impossible. Essayons simplement de donner un faible aperçu de son action.

Né à La Lande Saint Siméon en 1839, il couronnait en 1853 ses études au petit séminaire de Séez par l’obtention du titre de bachelier, chose rare à cette époque. Aussitôt après, il entrait au grand séminaire et franchissait sans arrêt les degrés de la cléricature. Ses études théologiques terminées, trop jeune pour recevoir la prêtrise, il fut envoyé pour un an comme professeur au collège de Mortagne. Ordonné prêtre en 1858, il fut nommé vicaire à la Cathédrale d’où, au bout d’une année, il fut transféré à l’importante cure de la Ferté Macé qui réclamait un vicaire vigoureux et actif. Immédiatement il devint le bras droit de son vieux curé qui disait de lui: «fait beaucoup de besogne et il la fait bien». Ces simples mots caractérisent Mr Macé dans tout le cours de sa longue vie.

Le 22 juin 1873, de vicaire, il fut élevé au titre de Curé doyen de La Ferté Macé. Il n’avait que 38 ans. Son zèle dévorant se donna plus que jamais libre carrière: Catéchisme, instructions, visite des malades, confessions, offices soigneusement préparés et pompeusement célébrés, stations d’Avent et le Carême, réunions du mois de Marie, fêtes de la Sainte Enfance, de St François de Sales et de l’Adoration perpétuelle, retraites de 1ère Communion doublées, chaque soir, d’une réunion pour les parents invités ainsi et préparés à s’asseoir avec leurs enfants à la Table Sainte, processions majestueuses de la Fête Dieu, prédications extraordinaires multipliées, où les orateurs les plus renommés étaient fréquemment convoqués, missions par les fils de St Ignace, de St Norbert, de St Alphonse, le zélé curé n’épargnait rien pour exciter la piété, développer le sentiment religieux et atteindre plus sûrement les âmes attiédies ou en retard avec Dieu.

La bonne semence était cependant toujours répandue avec profusion dans la paroisse. Le sujet des instructions du curé et des vicaires était déterminé d’après un plan d’ensemble dressé et affiché d’avance et embrassant tout ce qu’un chrétien doit savoir et pratiquer. Ces instructions étaient si multipliées qu’un poète ami écrivait plaisamment:

Voix majestueuse, ample geste, - Il prêche plus souvent que tous.—Jamais d’office où soit vide la Chaire; - Quand il ne peut grimper dedans—Son zèle ardent la meuble d’un vicaire: - Tour à tour, ils sont sur les dents -

Il y avait en effet prédication à la messe des enfants, à celle des hommes, à la grand-messe, à la messe de midi; Et cette prédication le pieux curé la continuait sous une autre forme aux réunions des Enfants de Marie, des Mères chrétiennes, des Tertiaires, des Patronages etc… et au catéchisme de persévérance qui avait lieu chaque dimanche et qu’il s‘était réservé. «La foi, disait-il, s’éteint faute d’être alimentée par l’instruction religieuse. Préchons et instruisons nos ouailles. Prêchons opportune et importune comme le veut l’Apôtre et la religion ne périclitera pas chez nous».

Cette prédication, il la continuait encore au Confessionnal. Debout à 4 heures du matin, il se rendait à l’église et entendait les confessions. Sa messe dite, à 5 heures en été, il reprenait son ministère de dévouement et de pardon. Le nombre d’absolutions qu’il a ainsi données, surtout vers la Toussaint, Noël et le temps pascal, est incalculable.

Au cours de la guerre, un certain nombre d’indésirables furent envoyés à La Ferté Macé. C’était un ramassis de gens généralement peu intéressants. N’importe! Ils sont momentanément paroissiens fertois. Le Curé, malgré son grand âge et son extrême surmenage ira les visiter, les prêcher, les catéchiser. Dieu bénit une telle charité. Le Curé obtint parmi eux des conversions inespérées et chose plus inattendue encore, y suscita des vocations religieuses.

Cette vie de ministère n’empêchait pas l’abbé Macé de compulser les archives pour en extraire l’histoire de La Ferté et de ses curés, de veiller avec soin à doter sa paroisse de toutes les institutions nécessaires à une ville industrielle et de remplir un rôle important dans l’administration civile de la Cité. Vicaire, il avait quêté pour la construction de l’Hospice que son vieux curé faisait bâtir. Curé, il fut 33 ans membre de la Commission Administrative de cet établissement et du bureu de bienfaisance. Il n’en fut exclu que par les victoires de l’esprit laïque, mais pas aussi vite que l’auraient désiré certains grincheux qui disaient: «voulons bien de Mr Macé dans nos conseils, mais à condition qu’il ne soit pas trop clérical». À quoi l’abbé Macé répondit finement: «de plus clérical qu’un curé. Son ordination l’a séparé de la foule et a fait de lui un clérical. Un curé clérical? C’est le prêtre qui croit fermement et qui agit de même. C’est le pasteur qui veille activement sur le bercail confié à ses soins et en écarte énergiquement les loups, c’est le ministre de l’Eglise qui la sert, la défend, et la fait aimer. Je mourrai clérical!» Une telle déclaration valut à l’abbé Macé de rentrer par la grande porte dans les Conseils de la bienfaisance officielle.

L’hospice n’était pas terminé que l’idée d’une Salle d’Asile germait dans tous les esprits. Par les soins de Mr l’abbé Macé, la salle fut construite et confiée à un personnel de religieuses dévouées. À leur tête fut placée Sœur Henriette qui sut conduire, avec une maitrise admirable, un bataillon de 375 enfants jusqu’au jour où la laïcisation fut décrétée. L’abbé Macé devait en effet assister à la mort de cette œuvre très chère dont il avait été le principal artisan.

Quand parut la loi Ferry (laïcisation des écoles) le maire de La ferté s’écria: La foi dans le sanctuaire et la science à l’école! - Non, répliqua le Curé, Dieu à l’école avec la science! Et de suite il ouvrit pour les garçons une école libre dont il confia la Direction à des Instituteurs chrétiens.

L’école séculaire des Sœurs disparut à son tour. Le jour de sa fermeture, le Curé entouré de 2000 personnes vint exprimer aux religieuses sa sympathie, sa reconnaissance et ses regrets. «sommes vaincus, dit-il, mais non terrassés. Faisons crédit à Dieu qui ne meurt pas!» Et à l’appel du pasteur, les institutrices chrétiennes vinrent continuer l’œuvre des religieuses expulsées.

L’église fut particulièrement l’objet du zèle infatigable de l’abbé Macé. Elle lui doit ses vitraux, ses mosaïques, ses lustres, ses orgues, une partie de ses autels et de ses boiseries, ses tours avec leurs flèches, ses beffrois avec leur carillon, son horloge, ses pyramidions avec le chainage de ses nefs et ses grilles extérieures.

Vint la campagne des inventaires. Deux fois, le fonctionnaire gouvernemental se présenta, deux fois l’intrépide curé entouré de ses fabriciens et d’une foule immense leur opposa le plus solennel refus et après avoir assuré le service religieux dans les six chapelles de la ville, le curé ferma l’église et en confia la défense à de vaillants Catholiques. Ce fut un siège de 52 jours et 52 nuits. La troupe, venue en armes pour forcer l’entrée de l’église, prit le parti de reculer.

À quoi bon, une lutte pareille? disait la politique des bras croisés, cela n’empêchera rien.—Qui sait? Répondait le curé. Moi, j’ai foi en Dieu qui entend nos prières et nos cris de détresse. J’ai foi dans le chef de l’Eglise dont la parole sera reçue avec une religieuse confiance. J’ai foi enfin dans le bon sens de mon pays qui, voyant les consciences chrétiennes si profondément blessées, prendra garde peut-être de les blesser davantage.

L’avenir a donné raison au curé de La Ferté. Son église ne connut pas l’asservissement de l’inventaire et lorsque parut l’encyclique du Pape condamnant la loi de séparation, les fidèles de La Ferté Macé se firent honneur de se lever pour en entendre la lecture comme pour le chant de l’Evangile.

Un homme de cette trempe ne se laisse pas plus toucher par les démarches insidieuses qu’il ne se laisse abattre par d’impérieuses injonctions. Un personnage politique avait affiché sur les murs de la ville un programme qui heurtait la conscience catholique. Quelques jours plus tard, en tournée électorale, il se présentait au presbytère. «venez solliciter ma voix? Lui dit l’abbé Macé sans autre préambule. Le prenant par le bras, il le conduisit sur le perron. De là, lui montrant une de ses affiches: «ès avoir signé cela! Non, je ne voterai pas pour vous. Et je ne donnerai pas à mes paroissiens le scandale de vous recevoir chez moi» Ce disant, il ferma la porte.

Un autre personnage politique avait eu à La Ferté une humiliante déconvenue. Le Curé ignorait tout. Il n’en fut pas moins accusé d’avoir conseillé les meneurs. Comme conséquence, l’usage de la chapelle St Jean Baptiste de Bagnoles (station thermale près de La Ferté Macé dont les eaux sont souveraines contre les phlébites) érigée sur sa paroisse, lui fut interdit par le propriétaire. «cette chapelle reste fermée pour moi, répliqua le Curé, elle le sera pour tout le monde». Et immédiatement il transféra le culte religieux dans un oratoire voisin. Cet état de choses dura deux ans. Prières, menaces, invectives, rien n’y fit. Mr Macé demeura inébranlable. Cependant, attristé de la situation, Monseigneur l’Evêque invita le curé de La Ferté à y apporter remède pour la saison thermale qui s’ouvrait dans trois mois. «Votre Grandeur le désire, dans trois mois Bagnoles aura son église, répondit-il. Et chose à peine croyable, il tint parole. À l’ouverture de l’Etablissement thermal, la gracieuse et vaste église du Sacré Cœur sortie de terre comme par enchantement ouvrait ses portes aux baigneurs et les années suivantes complétait son ameublement.

Pour toutes ces œuvres, le denier du Culte, les nombreux pauvres qu’il assistait, où prenait-il l’argent? (Les écoles seules lui coûtaient plus de 20000 francs par an). Le poète déjà cité nous le dit en ces termes:

Pour les pauvres qu’il vêtit - Il a travaillé sans trêve - Il est la main qui relève - Et le cœur qui compatit… - Pour les travaux que sans cesse projette - Son esprit jamais en repos - On sait qu’il faut de la «» - Toujours il en trouve à propos - Quêter pour Dieu n’est pas besogne vile: - On le voit l’escarcelle en main - Déambuler par l’église et la ville - Donnez!... Il reviendrait demain!

Donnez, il reviendrait demain! Ce trait est d'un psychologue qui connaissait son Curé. L'abbé Macé fut en effet un grand quêteur. Rien ne le rebutait, ni les délais, ni les refus. Il connaissait les ressources de ses paroissiens habituels comme celles de de ses paroissiens passagers, les baigneurs de Bagnoles. Parfois, il leur fixait la somme à fournir. D'autres fois, il employait des arguments si insinuants pour exciter leur charité qu'il recevait des sommes considérables inespérées. Le poète, malicieusement, lui prête cette aventure. Un jour, le curé avait eu recours à toute sa rhétorique pour intéresser certaine paroissienne riche à une œuvre nouvelle: Voyons, quelques cent francs, c'est bagatelle, en somme. - Cinq cents francs environ. La dame les ayant donnés, avec une grâce charmante, il se fait de gros reproches en regagnant son presbytère: «cents francs, j'aurais dû lui demander deux mille - Ah, je vieillis!» Et tombant dans les bras de ses vicaires: «lauriers sont flétris, je ne sais plus quêter!»

Quêter, il l’a fait jusqu’à son dernier jour. Au mois de janvier 1920 (il avait 85 ans!), ayant comme chaque année dressé son inventaire et celui de ses œuvres, il constatait que la caisse des écoles était vide. Sans tarder, il prit en main son bâton de quêteur. Le vendredi 6 février, il rentrait au presbytère, son escarcelle remplie, mais transi de froid. Une fièvre intense le saisit dans la nuit. Le lendemain à la première heure, le curé n’en était pas moins debout, entendait les confessions comme il en avait l’habitude, faisait le catéchisme et bénissait un mariage. La fièvre redouble. Il n’en persiste pas moins dans sa résolution de se rendre à Bagnoles le lendemain dimanche pour y célébrer la messe. Le médecin intervient et le lui défend formellement. Le curé tient cependant à assister aux offices paroissiaux toute la matinée. À midi, il fallut s’aliter. Par précaution, les vicaires retirèrent de sa chambre tous ses vêtements afin de lui éviter une escapade, semblable à celle de la veille de ses noces de diamant. Ce jour là en effet profitant de l’absence de la sœur garde malade, Mr Macé était sorti clandestinement, de grand matin, pour aller dire sa messe, en dépit de la Faculté!

Le lundi 9 et le mardi 10 février, il mit en ordre, aidé de son sacristain, toutes les notes de la Fabrique, du presbytère, des écoles et des œuvres. Le mardi soir et le mercredi matin, malgré la fatigue causée par ce travail, il semblait aller mieux et le médecin se prenait presque à espérer que cette robuste constitution triompherait encore une fois de la maladie.

Dans l’après-midi du mercredi, l’abbé Macé subit une crise de suffocation. Le médecin appelé jugea la situation assez grave pour demander l’assistance d’un confrère et en attendant, avertit l’entourage du malade du péril imminent. Un des vicaires rentrant alors heureusement au presbytère pénétra dans la chambre de son curé et lui proposa l’Extrême Onction. «je ne suis pas malade!» reprit vivement celui-ci. «puisque le médecin juge opportun d’appeler un confrère, c’est qu’il pense autrement. Faites, alors» dit le vieux curé.

Dès qu’il eut pieusement reçu les dernières onctions, il fut pris d’une crise de toux au cours de laquelle il rendit son âme à Dieu. Et maintenant il repose dans le cimetière au pied de la belle croix qu’il avait érigée en protestation de la suppression du Crucifix à l’école et au prétoire. Et lui qui disait dans une de ses notes de retraite: «récitation du bréviaire, la Visite au Très Saint Sacrement, quels moments délicieux!» lui, le pèlerin fidèle des Congrès eucharistiques, il est pour toujours dans le face à face divin.


Copie de 9 pages manuscrites trouvées à l’adresse internet http://digital.library.villanova.edu/Item/vudl:246704


Les deux frères Constant et Amand Macé, et l’enterrement de l’abbé Macé. Documents trouvés sur les site:

http://maurice.poussier.perso.sfr.fr/SiteJoueDuBois/10.%20L%27%C3%A9glise%20et%20ses%20vitraux.htm